_DSC7844-2

Récit – En Iran

Raconté par Marion

Il m‘aura fallu du temps pour écrire cette newsletter. Peut-être est-ce parce que je ne sais toujours pas quoi penser de ce pays qu’est l’Iran. L’expérience fut intense. De très bonnes choses nous sont arrivées là-bas, les pires galères également.

Il est presque 16h quand nous nous décidons à prendre la route pour notre dernier jour en Turquie. Il y a du vent, la route est passante, tout ça n’est pas très agréable. A une dizaine de kilomètres de la frontière, nous nous arrêtons acheter quelques bouteilles d’eau. Comme d’habitude, nous avons le droit à un accueil chaleureux et à un thé. J’en profite pour me parer de mon voile, élément de ma garde-robe désormais obligatoire pour franchir la frontière. On range également le short et le débardeur, pantalon et manches longues obligatoire. Sous ce soleil, ce n’est pas évident… Tant pis, on est très impatient de passer la frontière pour découvrir ce pays, dont on ne connaît pas grand-chose. A dix kilomètres de la frontière, une file de camion s’étire à perte de vue.

_DSC6766-2

Nous arrivons enfin à destination en début de soirée. Il nous faudra cependant attendre plus d’une heure et demie pour franchir la séparation des deux pays. En effet, l’employé en charge d’ouvrir la barrière turque est en pause. Aucun autre employé ne semble habilité à appuyer sur le bouton. Enfin, vers 20h, les portes s’ouvrent enfin. Il est 21h30 côté iranien.
A peine avons-nous franchi ce nouveau territoire, qu’un militaire s’approche de nous et nous embarque à l’intérieur du bâtiment pour nous contrôler. Le douanier ne parle pas un mot d’anglais. Nous voyons alors débarqué un civil, qui connaissant le douanier, s’occupe de nous poser toutes les questions. Au début fort sympathique, nous commençons à ressentir un certain malaise lorsqu’il nous dit d’échanger nos espèces ici. Après avoir compté nos liras turcs, qu’il met dans sa poche, il repart sur une série de questions destinées à savoir quels sont les liens qui nous lient Gaël et moi, où allons-nous en Iran, quand quittons-nous le pays. Alors que nous commençons à nous inquiéter sérieusement pour notre argent, trois hommes viennent à notre rencontre. Nous ne savons pas qui ils sont mais ils redemandent nos passeports, nous reposent les mêmes questions plus d’autres un peu plus étranges du style : « Êtes-vous une femme ? » (Non je suis une tortue, pourquoi ?). Enfin on nous emmène dans une autre pièce où nous attend un énième homme. Il porte une veste avec de nombreuses poches. Dans chaque poche, nous pouvons voir des liasses d’argent en grand nombre. On nous remet deux bonnes liasses de Rials que nous devons recompter devant eux. Il ne semble n’avoir aucune arnaque, nous sommes donc invités à reprendre notre chemin et surtout « Welcome in Iran my friends ! ». Il est donc plus de 22h lorsque nous descendons la colline où se situe la frontière. La première ville n’est pas très loin. Nous décidons de nous arrêter pour la nuit dans un motel. Il n’y a pas de fenêtre dans la chambre, ça sent l’humidité, mais ça ira bien pour cette nuit. On tente de se connecter sur internet, nous pouvons accéder à nos mails ainsi qu’à Whatsapp. Facebook est bloqué comme une grande partie des sites web occidentaux. Nous mangeons quelques tranches de pain avec de la sauce tomate et quelques fruits qui nous restent. Nous ne sommes pas très à l’aise avec cette première expérience iranienne. Le lendemain, nous reprenons la route après quelques courses. Les gens nous regardent étrangement dans cette ville. Il est interdit aux femmes de faire du vélo en Iran, bien que cela soit toléré pour les étrangers. Nous nous éloignons donc assez vite de la ville, les regards nous pesant un peu trop. On s’arrête quelques kilomètres plus loin pour le petit-déjeuner. Alors que nous sommes assis en bordure de champ, un homme s’approche de nous pour nous saluer. Il sert la main de Gaël mais pas la mienne, ce qui est ici un signe de respect. Nous reprenons la route en direction de la maison de Meysam, notre premier hôte en Iran. La route est agréable, mais il fait chaud, et je ne suis toujours pas habituée à rouler avec un voile.
Nous arrivons aux alentours de 17h au point de rendez-vous. Meysam arrive en vélo et nous propose d’aller pêcher dans le coin.

_DSC6770-2

Après quelques heures de pêche infructueuse, nous reprenons la route pour aller chez ce jeune soldat. Il vit avec ses parents. Son frère et son cousin passent également la soirée avec nous. Aucun d’eux ne parlent un très bon anglais mais nous passons une bonne soirée autour d’un repas traditionnel.
Nous repartons le lendemain après un bon petit-déjeuner.

20864014_10212121782991208_1351114924_n

La journée est agréable, les gens klaxonnent, nous saluent, nous pédalons malgré la chaleur étouffante du pays. Dans l’après-midi, nous nous arrêtons pour remplir nos poches à eau. Un homme nous propose de dormir chez lui, à quelques kilomètres de là. Nous refusons, souhaitant nous poser tôt et être au calme ce soir. Nous adorons rencontrer de nouvelles personnes au fil de notre voyage mais dormir chez des hôtes n’est pas forcément la solution la plus reposante. Le camping sauvage permet de souffler, de se coucher tôt et de s’occuper un peu de l’entretien de nos vélos. Nous repérons un endroit calme en contrebas de la route. Nous posons nos tentes ici pour la nuit. Nous repartons tôt le lendemain, nous avons beaucoup de kilomètres à parcourir si nous voulons rallier la maison de l’hôte qui nous attend ce soir à Marand. La route est très passante, les gens klaxonnent beaucoup, on monte, on descend, il y a du vent. Bref ce n’est pas la grande joie. Le midi nous nous arrêtons dans un restaurant local. Nous nous rendons compte que manger au restaurant ne revient pas forcément plus cher que faire les courses. C’est comme en Albanie ! Nous reprenons la route le ventre bien plein. Il fait très chaud cet après-midi là, environ 45°C. Nos bouteilles d’eau fraîche remplies au restaurant ne tardent pas à devenir bouillantes. Après deux petites heures de vélo, nous commençons sérieusement à manquer d’eau. Economisant chaque gorgée, nous progressons sur une route désertique. Il n’y a aucun endroit pour remplir nos gourdes. Enfin après une longue attente, nous croisons un bâtiment du Croissant Rouge (La Croix Rouge des pays musulmans). Devant l’entrée, nous apercevons deux vélos aussi chargés que les nôtres. Nous nous empressons de toquer à la porte. Deux infirmiers nous ouvrent et nous invitent à entrer partager un repas avec eux et les deux cyclo-voyageurs déjà présents. Mark et Rick sont deux hollandais d’une quarantaine d’années. Mark est un grand voyageur, il vit au rythme de ses voyages depuis 20 ans. Rick et lui sont amis depuis l’Université. Rick l’a rejoint pour pédaler avec lui en Iran durant un mois. Il récolte ainsi des fonds pour deux orphelinats de filles à Téhéran. L’après-midi est chaleureux, nous improvisons une séance photos, les infirmiers iraniens souhaitant prendre des photos avec tout le monde au moins trois fois. Enfin vers 18h, un appel d’urgence nous contraint à quitter nos hôtes qui se dépêchent de monter dans leur ambulance. Nous repartons donc à quatre en direction de Marand. Nous nous arrêtons manger vers 19h30 dans un restaurant d’une station-service. Les hollandais continuent ensuite leur route vers Marand où ils comptent prendre un hôtel tandis que nous partons à la recherche d’un campement, ayant déjà une centaine de kilomètres dans les pattes.
Nous trouvons au bout d’une vingtaine de minutes une lande déserte. Alors que nous commençons à nous y diriger, une voiture s’arrête. Le conducteur et les deux passagers nous font comprendre dans un anglais approximatif que l’endroit est dangereux pour les touristes. Nous sommes septiques. Au bout d’une vingtaine de minutes de négociations, ils nous autorisent à camper à cet endroit. Chouette on va pouvoir monter les tentes avant la nuit cette fois ! C’était sans compter sur un autre automobiliste qui s’arrête à notre hauteur. Il possède un jardin pas loin d’ici et nous invite à monter nos tentes là-bas. Il s’agit en fait d’un immense potager avec pommiers et autres arbres fruitiers. Après un thé, notre nouvel ami décide finalement qu’il préfère que nous dormions chez lui à Tabriz. Nous refusons car Tabriz se trouve à une centaine de kilomètres d’ici. Il insiste. Nous insistons également. Nous sommes fatigués et souhaitons simplement dormir. Notre hôte ne l’entend pas de cette oreille et nous sort toutes les excuses du monde afin que nous acceptions d’aller chez lui. Nous refusons en bloc. Gaël commence à perdre patience lorsque l’homme nous menace de devoir dormir dans sa voiture car nous ne pouvons pas rester seuls ici. Après plus d’une heure et demie de négociations, nous abandonnons, il dormira dans sa voiture à moins d’un mètre de nos tentes. C’est donc raté pour la douche du soir. L’homme se veut accueillant mais insiste lourdement sur des sujets qui nous mettent mal à l’aise. Il semble beaucoup trop intéressé par les femmes occidentales.
Le lendemain matin, nous avons le droit à un réveil particulier. Notre « pot de colle » décide de nous réveiller en musique. La radio de sa voiture au maximum, c’est donc au son d’une musique intitulée « Allah Akbar » que nous émergeons. Premiers mots de Gaël ce matin (ou les miens, je ne sais plus trop) : « Je vais le tuer ».
Nous prenons rapidement congé de cet hôte insupportable et partons en direction de Marand à une trentaine de kilomètres de là où Yashar nous attendait la veille. Nous n’avons pas pu le prévenir car nous n’avons pas accès à internet. Alors que nous arrivons en ville, un jeune homme à vélo nous fait signe. C’est Yashar ! Nous lui expliquons donc nos mésaventures. Il ne nous en veut pas du tout et nous invite à aller boire un thé. Yashar a 17 ans et rêve de quitter l’Iran. Il adore le vélo et a accueilli plus d’une centaine de cyclo-touristes chez lui ou dans l’école dans laquelle il nous emmène. Sur la route il nous explique qu’il nous attendait hier mais comme nous ne sommes pas venus, il a accueilli deux hollandais. Arrivés à l’école de théâtre et de sculpture, nous retrouvons donc Mark et Rick, sur le départ. Yashar nous propose de rester ici cette nuit et de visiter la ville toute la journée avec lui et ses amis. Nous acceptons, une journée de pause n’a jamais fait de mal à personne. Les hollandais finissent par rester également. Nous voilà donc partis tous à vélo dans les rues de Marand, mangeant dans le restaurant préféré de Yashar et visitant salon de thé, mosquée et bazar de la ville.

20839963_10212121781231164_1066685464_o

20883174_10212121781991183_683536487_o

_DSC6916-2

20862328_10212121781351167_519021651_o

_DSC6983-2

_DSC6892-2

_DSC6877-2

Nous avons également la chance d’aller discuter avec des étudiants iraniens prenant des cours d’anglais avec un professeur de la ville. La rencontre est très intéressante, et les étudiants sont ravis que nous discutons avec eux de leur pays.

_DSC6832-2

Après cette journée, nous apprécions enfin l’Iran à sa juste valeur. Nos amis prennent congé pour la nuit et nous nous retrouvons entre européens pour la nuit. Demain nous partons tous les quatre à Tabriz, chez une connaissance de Yashar.
Le petit-déjeuner est copieux et notre hôte et ses amis nous accompagnent sur la route vers Tabriz. L’humeur est festive et nous ne parvenons qu’à faire une dizaine de kilomètre les trois premières heures. Nous prenons le thé avec plusieurs iraniens, intrigués par nos vélos et nous.

20840001_10212121782351192_1164980759_o

Une vingtaine de kilomètres après le début, Yashar nous quitte pour rentrer chez lui. Nous continuons la route à 4 sur la soixantaine de kilomètres restants. Le trafic est dense mais la route descend jusqu’à Tabriz. Nous ne mettons pas longtemps avant d’arriver aux abords de la ville. Néanmoins, nous sommes retardés par nos compagnons hollandais. Rick crève sa roue avant tandis que Mark casse sa béquille. Après une petite demi-heure de réparation, nous repartons en direction de la maison de Shahin qui nous attend.

_DSC6988-2Ils font les beaux avec leurs vélos made in Holland, le pays des vélos, mais avec nos vélos made in France, on n’a pas eu de casse NOUS

_DSC6991-2

Shahin nous accueille rapidement et nous présente sa famille avant de repartir travailler au market du coin. Nous profitons de la soirée pour visiter un peu les alentours et nous nous arrêtons manger un énième kebab. Shahin finit son travail vers 23h et nous embarque dans un taxi pour visiter les jardins de Tabriz, très réputés. Nous y retrouvons ses parents ainsi qu’une bonne partie de sa famille. Au loin, nous voyons les lumières d’une fête foraine. Je veux faire un manège mais les trois grands gaillards qui m’accompagnent sont en fait trois grands trouillards. Finalement Mark se sacrifie et monte avec moi, tandis que Gaël et Rick, bien contents d’avoir échappés à la torture, partent s’acheter des glaces.

_DSC7005-2

Le lendemain nous commençons la journée par une visite d’un salon de thé, avant de nous plonger au cœur du plus grand bazar du monde. Gaël et Mark s’en donnent à cœur joie, photographiant chaque centimètre carré du gigantesque bazar.

_DSC7031-2

_DSC7078-2

_DSC7082-2

_DSC7390-2

Le soir venu, les hollandais ont quelques courses à faire. Shahin, Gaël et moi rentrons donc à la maison, seuls. Arrivés, Shahin m’informe que les trois garçons vont partir à la piscine, lieu interdit aux filles. Ses parents partent en ville, je dois donc l’accompagner à son travail pendant 3 ou 4 heures. Gaël sent la détresse dans mon regard quand on nous annonce ça. Il n’est pas question que je reste 3h à ne rien faire… Arrivée au market, je commence à réfléchir et sens le coup monté. J’harcèle donc Gaël puis Rick par téléphone pour que quelqu’un vienne me chercher parce que : « Si c’est une surprise pour mon anniversaire, C’EST PAS DRÔLE ! »
Rick finit par arriver au bout d’une heure et demie de supplice, m’assurant que personne n’était au courant de l’idée de Shahin. Pendant ce temps Gaël a dû cuire tout seul les deux litres de pâte à crêpes que nous avions prévu pour ce soir.
Alors qu’on arrive au dessert, Rick et Mark sorte le gâteau qu’ils ont acheté dans mon dos cet après-midi tandis que Shahin m’offre un narguilé.

_DSC7462-2

Le lendemain, jour de mon anniversaire, les hollandais décident de reprendre la route vers le nord pour longer la mer Caspienne. Gaël et moi restons une journée de plus pour préparer notre demande de visa chinois qui prend du temps. La journée est calme et nous partons le lendemain matin de bonne heure. Sortir de Tabriz est une plaie. La route ressemble au périphérique parisien et l’air est fortement pollué, ce qui nous empêche de respirer convenablement.
Le soir, nous nous arrêtons sur le bord de la route, à hauteur d’un centre de bassin de pêche. Nous demandons aux propriétaires si nous pouvons dormir là cette nuit. Pas de soucis. Le lendemain nous repartons assez tard car Gaël doit réparer son vélo. Le problème à moitié réglé nous reprenons la route. Au bout de deux kilomètres, une voiture s’arrête. Les occupants nous offrent à boire et pleins de fruits. Nous refusons cependant le melon, bien trop lourd à transporter. Après quelques photos avec eux, nous redémarrons. La route est assez monotone mais jolie. Il fait chaud, mais les locaux nous fournissent régulièrement de l’eau et des fruits. Nos sacoches sont bientôt remplies de fruits.

_DSC7503-2

Le soir venant, nous nous arrêtons de nouveau à côté d’un centre du Croissant Rouge, au milieu des montagnes, non loin d’une mosquée. Nous demandons l’autorisation de nous installer là pour la nuit. La mosquée possède des toilettes ainsi qu’un espace pratique pour prendre des douches. Nous nous couchons tôt, fatigués par cette journée.
Le lendemain matin, nous sommes invités par les infirmiers à venir boire le thé. Finalement nous restons jouer avec eux sur un baby-foot pendant une grosse demi-heure. Nous finissons par partir sous le soleil déjà bien chaud. Au bout d’à peine un kilomètre, je sens que ma roue arrière n’adhère plus correctement au bitume… bizarre… Ha ba oui j’ai crevé ! On tente de changer la chambre à air, impossible. La sécurité de ma roue est bloquée, nous ne pouvons pas retirer la roue. Nous décidons donc de faire du stop jusqu’à la prochaine ville pour trouver un magasin de vélo. Deux turques nous embarquent dans leur camion. Alors que nous sommes en train de mettre les vélos à l’arrière de la remorque, nous sommes dépassés par un cyclo-voyageur. Il s’arrête, on discute brièvement, il s’appelle Mickael et est allemand. On doit partir, nous lui disons au revoir.
Arrivés à la ville, le réparateur n’arrive pas plus que nous à débloquer la roue. Il finit par coller une rustine sur la chambre à air qu’il entoure d’une deuxième chambre à air. Bon au moins ça devrait tenir. Avec tout ça, on a pris pas mal de retard, et nous tentons pendant une bonne partie de l’après-midi de faire du stop, en vain… Nous partons donc en direction d’une route moins fréquentée qui nous emmènera au pied du col de Khalkhal.
La route est magnifique et nous apprécions les paysages qui défilent devant nos yeux.

_DSC7521-2

_DSC7536-2

_DSC7512-2

Le soir, nous trouvons un endroit pas loin de la rivière. L’endroit est désert, nous quittons la route et commençons à nous enfoncer parmi les hautes herbes et le sable. Nous sommes suivis par une voiture au plus grand damne de Gaël. L’homme nous demande d’où nous venons, ce que nous faisons et finit par s’asseoir sur la bâche que Gaël est en train d’installer pour sa tente. Ses yeux lancent des éclairs, je fais tout pour ne pas exploser de rire. On finit par faire semblant d’aller se coucher à 19h, afin d’être tranquilles. L’homme repart. Nous mangeons nos maigres provisions qui se composent d’un sachet de cacahouètes chacun et du pain (avec du Nutella bien sur). Nous restons dans nos tentes l’orage arrivant à grand pas.

_DSC7602-2

Finalement ce n’est pas un mais trois orages consécutifs que nous subissons. Certains éclairs passent tout près mais Gaël ne s’en rend pas compte, il ronfle déjà… incroyable…

Le lendemain, nous reprenons la route, et l’asphalte se transforme rapidement en chemin de gravier. Certaines côtes sont difficiles, nous passons un tunnel enfumé par le camion qui nous précède. Vers midi, nous atteignons un village encerclé par les montagnes. L’endroit est incroyable. Nous avons l’impression que ces gens vivent pratiquement en autarcie tellement ils sont loin de toute autre forme de civilisation. Nous ne restons que le temps de remplir nos gourdes. Il n’y a pas de magasin ici, et nous n’avons plus rien à manger, il faut absolument que nous avancions.

_DSC7644-2

La route est magnifique mais nous progressons difficilement, la route étant très accidentée. Comme une routine désormais, nous économisons notre eau pour être sûr de ne pas manquer.
Peu après le village, nous passons une sorte de barrage. Un homme nous accueille dans un anglais approximatif. Il nous demande nos prénoms et nous invite à boire le thé dans une tasse à la propreté douteuse. Nous avons également droit à quelques bonbons de chocolats. L’homme tente de nous faire comprendre quelque chose mais nous mettons du temps à comprendre ses dires. Puis il finit par dire les mots magiques : « Mickael, Germany ». On comprend alors que le voyageur rencontré la veille a pris la même route que nous.

_DSC7657-2

_DSC7666-2

_DSC7707-2

Il est environ 15h lorsque nous atteignons la route que nous visions. Nous nous arrêtons de pédaler et tendons le pouce dans l’espoir que quelqu’un s’arrête. Il reste plus d’une cinquantaine de kilomètres avec un dénivelé positif d’environ 1000 mètres. Au bout de quelques minutes, une camionnette s’arrête avec à son bord trois hommes. Ils ne vont pas à Khalkhal mais peuvent nous avancer d’une vingtaine de kilomètres. C’est parti ! Les hommes et les vélos à l’arrière ! On se retrouve donc à l’arrière du pick-up, assis entre nos sacs et nos vélos. Enfin après une trentaine de minutes, nous arrivons au croisement des routes. Nous sommes déposés sur le bas-côté de la route avec une bouteille d’eau chacun. Nous remercions notre chauffeur et ses amis et reprenons le stop vers notre destination finale. Le temps de manger une pomme chacun, voici qu’un camion s’arrête à notre hauteur. Il va à Khalkhal ! Nous embarquons donc à bord ! Sur la route, nous doublons notre ami allemand qui a l’air de souffrir dans cette montée. On l’embarque. Le chauffeur nous propose de venir manger chez lui. Nous acceptons avec joie. Finalement, nous dormirons aussi là-bas.

Le lendemain nous repartons à trois. Il nous reste encore une bonne partie de montée avant d’atteindre le col final. La pente est douce et la chaleur a quelque peu disparu. Nous arrivons au sommet en quelques heures. Là-haut, des commerçants ambulants nous offrent à boire et quelques morceaux de melon. Un homme venu acheter des fruits nous donnent également quelques réserves. Nous prenons une photo tous ensemble, car ici, les gens adorent être pris en photo avec des touristes.

IMG-20170820-WA0000

Nous entamons la descente du col de quelques kilomètres avant de nous arrêter pour manger. Nous nous arrêtons enfin dans un restaurant après être repassé en dessous des nuages.

_DSC7719-2

Le début de la descente est incroyable, nous n’avons pas besoin de pédaler sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les mains bien accrochées aux freins, nous dévalons les pentes à plus de 50km/h. Mais bientôt le vélo de Gaël refait des siennes. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour tenter de le réparer. Finalement la solution qui fonctionne le mieux est de mettre un grand coup de pied dans le dérailleur. Nous repartons mais à vitesse réduite pour ménager le petit New Dawn (aka le surnom du vélo de Gaël). Nous arrivons finalement en bord de mer vers 17h. Après un rapide goûter, nous partons à la recherche d’un campement. Idée bien vite abandonnée au profit d’un hôtel assez sympathique. Le prix est correct, nous décidons de nous faire un peu plaisir. Le lendemain nous repartons après le petit-déjeuner. Gaël n’est pas très motivé pour pédaler aujourd’hui. La présence de Mickael le gêne. Son rythme est différent du nôtre. Le soir, nous nous posons en bord de mer. La vue est agréable. Gaël en profite pour aller nager un peu tandis que je discute avec Mickael. Il revient quinze minutes plus tard, la mine boudeuse. Un sauveteur lui a indiqué qu’il était interdit de nager dans le coin à cause des courants. « Si on peut même plus se baigner tranquille… ».
Le lendemain Mickael repart avant nous. Nous avons décidé/J’ai supplié de reprendre le stop afin de rattraper nos deux hollandais préférés. Nous avons rendez-vous ce soir à environ 150km de là, au milieu des montagnes. Après une vingtaine de kilomètres à vélo, nous nous arrêtons en ville pour le midi. Nous commençons le stop en début d’après-midi.
En Iran, les gens n’ont pas l’habitude du stop. Ils demandent souvent de l’argent en échange, n’importe qui pouvant s’improviser taxi privé. Nous avons donc quelques difficultés au début. Néanmoins, dès qu’un de nos interlocuteurs a compris ce que nous recherchons, plus la peine de chercher, ils s’occupent de tout pour nous. Ainsi trois iraniens se mettent à faire de grands signes aux camions qui passent. L’un d’eux nous embarque avec lui pour une soixantaine de kilomètres. Arrivés dans son entreprise, ses collègues nous aident à trouver un nouveau camion afin de rallier notre point de rencontre.

_DSC7768-2

Peine perdue, au bout de deux heures nous commençons à désespérer. Finalement une voiture arrivant dans le sens contraire s’arrête. L’homme nous demande où nous allons. Il fait demi-tour et appelle un de ses employés. Il s’agit du maire d’une petite commune des alentours. Finalement une camionnette vient pour embarquer nos vélos tandis que nous montons dans la voiture du maire. Nous n’en revenons pas. Il s’arrête quelques kilomètres plus loin pour nous acheter des glaces et nous voilà repartis. Nous arrivons à notre point de rendez-vous aux alentours de 20h, Rick et Mark nous attendent. Nous mangeons tous les 4 avec le maire, qui malgré nos protestations, se charge de régler l’addition. Nous le remercions chaleureusement et prenons la direction d’un camping dans lequel nous devrons négocier deux heures pour avoir la bonne tarification et non la tarification « vaches à lait » destinée aux touristes. Finalement nous dormirons tous au chaud et avons même notre propre salle de bain.
Le lendemain, nous décidons avec Gaël de reprendre le stop jusqu’à Téhéran car nous devons régler nos visas chinois et qu’il faut parfois deux semaines pour cela. Nous donnons donc rendez-vous aux deux autres le lendemain chez notre hôte Parisa.
Nous commençons notre stop, sous les regards moqueurs des hollandais : « You’re not cyclists, you’re fucking tourists ».
Une camionnette bleue nous embarque. Au milieu du trajet, le tuyau d’arrivée d’essence explose. Il faut deux heures pour réparer le tout. Arrivés aux abords de Téhéran, il nous faut traverser le périphérique de la ville. Cela semble vraiment très dangereux (comme nous le confirmerons nos amis par la suite). Nous décidons donc de sacrifier quelques rials pour prendre un taxi. Nous arrivons chez Parisa qui parle très bien le français. Sa mère est très drôle et son frère fort sympathique. Nous passons une très bonne soirée en leur compagnie. Le lendemain, nous partons à l’ambassade de Chine pour faire nos visas, nos papiers tout bien remplis comme il faut. « Vous êtes français ? On ne délivre que des visas d’un mois, valide pour une entrée dans le pays dans le mois qui arrive. Merci. Au revoir. »… Bon bah on dirait que c’est mort pour la Chine… On profite également de cette journée pour faire une révision de nos vélos. Celui de Gaël a souffert. Quant à moi, 3 de mes sacoches sont cassées sur 4. Il faut absolument que j’en rachète ici, dernier pays dans lequel nous pouvons trouver du matériel de qualité. Nous allons donc sérieusement manquer d’argent…
Les hollandais arrivent le soir et Mama Iran, la maman de Parisa, ainsi surnommée par toute l’équipe, nous prépare comme la veille, un super repas.

_DSC7778-2

Tout le monde part dormir sur le toit, il fait décidément trop chaud dans ce pays.
Le lendemain, Rick et Mark partent en bus pour Ispahan où ils doivent visiter un orphelinat. Nous restons deux jours de plus avec Gaël pour tenter de résoudre notre problème d’argent. Nous transformons donc la maison de Parisa en guichet SNCF. Beaucoup d’étudiants iraniens partent en Septembre étudier en France. Ils peuvent acheter leurs billets d’avion en Iran mais ne peuvent pas accéder au paiement des sites internet destinés à la réservation des trains. Nous réservons donc pour eux billets de train, complément de bagages pour l’avion en échange de cash iranien. Ha oui car dans ce pays, il est impossible pour un étranger de retirer de l’argent aux distributeurs ou de payer en carte bleue.
Finalement nous ne récoltons que 160 euros. Nous avons donc assez d’argent pour réparer le vélo de Gaël mais pas assez pour me racheter des sacoches. Il nous reste une semaine et demie pour réfléchir à la chose. Nous partons donc en direction de Chiraz au sud de l’Iran en bus. Nous irons ensuite à Ispahan avant de revenir quelques jours chez Parisa avant le 3 septembre, date à laquelle Mark, Gaël et moi nous nous envolerons vers Duchanbé au Tadjikistan. Nous passons donc la nuit dans le bus qui est confortable. Nous arrivons dans la matinée à Chiraz où notre hôte nous attend. Il nous propose de nous faire visiter la ville ce que nous acceptons avec grand plaisir. Nous désenchantons vite. Il tente de nous faire visiter tous les lieux payants, or nous n’avons pas les moyens. Nous trouvons notre hôte de plus en plus bizarre, ses blagues malsaines et sa façon d’aborder les femmes dans la rue, digne des plus gros lourdauds de la Terre. Nous partons donc tôt de chez lui le lendemain matin et allons à la rencontre d’Ali, un jeune iranien que nous avions rencontré la veille dans le bus. Il est ici pour rendre visite à sa grand-mère. Ensemble nous passons une agréable journée. Ali est différent de la plupart des iraniens de par sa religion. Sur son bras est tatoué une croix dont il est fier. Même s’il est très jeune et qu’il n’a pas encore fait l’armée, passage obligatoire pour tous les hommes s’ils veulent se voir obtenir le précieux sésame, Ali a déjà un passeport et s’est déjà rendu en Europe, à Londres par exemple. Sa famille étant riche, ils peuvent passer outre certains devoirs imposés aux plus grand nombre. Nous quittons Ali pour nous rendre vers la gare routière. Direction Ispahan. Nous prenons un taxi. Bien mal nous en a pris… L’homme est visiblement bien éméché, un de ses amis monte avec nous pour le contenir. Le chauffeur semble tout au long du trajet bien plus intéressé de tenter de me toucher la cuisse ou le mollet que de conduire convenablement. Il demande plusieurs fois à Gaël si nous pouvons venir chez lui et implicitement moi dans son lit. Gaël commence à être sérieusement énervé par la situation et l’homme. Nous sortons rapidement de la voiture, arrivés à destination. Nous passons la nuit d’après, une fois de plus dans le bus. La nuit est courte et nous nous posons à l’arrivée dans un parc public pour une petite sieste qui finalement dure trois bonnes heures. Après manger, nous partons vers la maison de notre hôte dans laquelle nous laissons nos sacs avant de partir visiter la ville.

_DSC7844-2

_DSC7835-2

_DSC7822-2

Le soir, nous retrouvons notre hôte qui nous propose de venir avec lui à son cours de gymnastique iranienne traditionnelle. Le spectacle est super, nous restons sans voix pendant une bonne partie de l’entraînement.

_DSC8122-2

_DSC8170-2

Nous rentrons finalement à Téhéran le soir d’après. Rick nous rejoint également, Mark étant resté à Yadz où il a rencontré une fille venue des Philippines. Il nous rejoint directement le lendemain à l’orphelinat pour filles auquel je me rends avec Rick. La directrice est gentille et nous discutons pendant plus d’une heure avant qu’elle nous fasse visiter les locaux. Rick est convaincu du bien être des filles ici et décident qu’une partie de l’argent qu’il a récolté ira bien à cet orphelinat.
Ce soir-là, nous sortons entre européens dans Téhéran, malheureusement le bazar est fermé. Nous flânons dans les rues jusque tard. Le lendemain, Gaël reste chez Parisa pour travailler sur ses photos tandis que je pars en compagnie des deux autres, prendre le petit-déjeuner dans un café cosy. Mark souhaite y rester pour également travailler sur son ordinateur. Nous partons donc avec Rick à la découverte de Téhéran pour quelques heures. Vers 20h, tout le monde s’est donné rendez-vous au centre de Téhéran pour aller fêter le chaleureux accueil que Parisa, son frère et Mama Iran nous ont réservé pendant tout notre séjour chez eux. Nous finissons cette bonne soirée par une longue promenade dans des jardins appréciés des iraniens.
Le lendemain, c’est l’heure du départ pour Rick qui rentre aux Pays-Bas. Je l’accompagne avec Mark et après avoir couru partout dans l’aéroport pour diverses raisons, il se dépêche d’embarquer.
Je profite de la soirée pour aller avec Parisa en ville acheter mes sacoches. Rick m’ayant prêté de l’argent et Parisa également. Elle arrive début septembre en France pour ses études. Ma mère ira l’accueillir à l’aéroport pour la rembourser. Elle est aussi invitée à venir habiter chez mes parents lors de son stage qu’elle effectuera à Paris.
Le lendemain, après des au-revoirs émouvants et les larmes de Mama Iran, nous partons tous les trois à l’aéroport.

Comme Rick, la veille, c’est la course et nous montons dans l’avion de justesse. Le vol n’est pas très long et nous faisons la connaissance d’un espagnol qui fait également un voyage à vélo. Nous sommes contents d’arriver dans ce nouveau pays où nous aurons un défi de taille à traverser : le Pamir. Notre joie est cependant de courte durée lorsque les bagages arrivent. Il en manque un.
Nous attendrons exactement deux semaines l’arrivée du bagage manquant.
Nous sommes donc très en retard sur notre planning lorsque nous prenons enfin la route vers le Pamir. Nous disons au-revoir à tous nos copains de l’auberge de jeunesse, car en deux semaines, on en aura vu passer du monde…
Ce soir-là nous dormons dans un champ d’arbres fruitiers. Le lendemain matin, des chiens sauvages me réveillent, grognant autour de ma tente. Je me recroqueville au milieu de mon abri et j’attends. Ils finissent par aller voir la tente de Gaël… Chacun sa gueule dans ces cas-là, je me détends.
Nous repartons vent de face et pente légèrement ascendante. Depuis le matin mon pied me fait mal mais nous continuons. Vers midi, la douleur devient insupportable et je suis obligée de m’arrêter. Gaël qui est loin devant ne m’a pas vu et je dois attendre une heure qu’un camion décide de s’arrêter pour m’emmener. Je rattrape Gaël rapidement. Nous mangeons et je prends la décision de repartir à Duchanbé, je ne peux plus pédaler. Je compte le rattraper d’ici quelques jours en taxi 4X4 à la ville suivante.
Je dois attendre le lendemain pour rencontrer le médecin de l’hôpital qui finit par me plâtrer sans examens ni explications. Après discussion avec mes parents, Gaël et mon assurance, je suis rapatriée en France 5 jours après. Une semaine et demie plus tard, j’ai enfin le droit d’enlever mon plâtre. Séances de kiné obligatoires. Je patiente en regardant les magnifiques photos que Gaël fait du Tadjikistan et de ses montagnes. Mon retour est prévu le 13 novembre à Bangkok. D’ici là, il faut patienter !

C'est beau le partage ... Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+share on TumblrShare on LinkedInEmail to someone

4 comments

  1. Super ! Bonnes infos à prendre pour notre prochain voyage en Iran. Bonne route !

    1. Bewee

      Merci ! 🙂 Si besoin d’autres infos plus précises, n’hésitez pas à nous contacter !

  2. Très intéressant ! Merci pour toutes ces infos ! D’autant plus que je compte faire une rando vélo dans ce pays en novembre prochain.

    1. Bewee

      Merci ! 🙂 Si besoin d’autres infos plus précises, n’hésitez pas à nous contacter !

Laisser un commentaire

CommentLuv badge